Edito


Être un lieu. Pas seulement un théâtre, une fabrique d’art, mais un lieu.

 

Là où certains liens, certaines rencontres peuvent advenir. Spectateur.trice.s, participant.e.s aux ateliers de pratique artistique, habitant.e.s, artistes, membres de l’association, autrices et auteurs, équipe permanente : nous écrivons un lieu ensemble. Le Nouveau Gare au Théâtre a 3 ans.

 

Nous nous définissons comme une fabrique d’arts, un lieu de résidences, d’écriture, de recherche. Un lieu pour les habitants et les artistes. Là où les souffles se rencontrent. Ces dernières années, si étranges et parfois brutales, nous ont appris à ne pas craindre l’averse. Grâce au soutien de nos partenaires, de nos parrains et marraines - Yoshi Oïda, Claudine Galea, Valérie Dréville - des artistes, des citoyens, des différents publics qui ont partagé notre projet, nous avons appris à danser sous l’orage. L’orage est maintenant passé. Les portes sont demeurées ouvertes. Le lieu vit, investi de toutes vos présences. Le Nouveau Gare au Théâtre entre à présent dans une nouvelle phase de sa jeune existence.

 

Nous souhaitons creuser le sillon du soutien à la création, à son chemin, au processus qui la préside. Nous réaffirmons notre engagement auprès de celles et ceux qui écrivent. Nous sommes fiers d’être, à ce jour, le seul théâtre en France à posséder un espace permanent, gratuit et sans sélection, dédié aux écritures. Nous renouvelons notre écoute et notre soutien à l’émergence, aux jeunes équipes. Nous poursuivons notre travail quotidien pour que le lieu soit pleinement ancré sur son territoire, avec ses habitant.e.s. Chez nous, la pratique amateure et la pratique professionnelle partagent les mêmes espaces et travaillent de concert. Le lieu est toujours en train de s’écrire. C’est peut-être là le plus grand défi. Il demeure des espaces temps à construire et à découvrir. On a beaucoup entendu parler des mondes d’après. Qu’en est-il aujourd’hui, au-delà du slogan ? Ces germes, nous les sentons. Nous en pressentons les contours. Le lieu, c’est peut-être l’endroit où ces germes vont pouvoir se déployer, où nous allons pouvoir rebattre les cartes ensemble. D’autres liens. D’autres horizons. Quelque chose qui transite par l’œuvre d’art mais dont le mouvement se poursuit au-delà pour irriguer nos vies.

 

Un lieu à habiter plus profondément. Nous plaçons l’art, son expérience et son partage comme une donnée incontournable de la vie ensemble. Nous avons compris qu’il s’agit aujourd’hui de savoir où porter notre attention. Nous regardons autour de nous : omniprésence de l’image. Simplification à outrance. Brutalité sociale. Rythme effréné. Pacification de l’art assujetti à un modèle de production/consommation à tout va. Oui. On voit tout ça. Bien sûr qu’on le voit. Mais on voit aussi des mots, écrits, sur une page.

Christian Bobin:
« Cette complaisance de beaucoup à en rajouter, à chercher le noir et le mortel partout.C’est une recherche paresseuse, sûre de ne jamais échouer. Je préfère l’entêtement à chercher des clairières. Dire : cette vie est un champ de roses, c’est mentir. Dire : cette vie est un champ de ruines, c’est mentir. Dire : je sais les horreurs de cette vie, et je ne me lasserai jamais d’en débusquer les merveilles, c’est faire son travail d’Homme, et vous le savez bien. »

 

Nous démarrons cette nouvelle saison avec cette même idée en tête, impatients de partager la vie avec vous. Le Nouveau Gare au Théâtre espère être ce lieu du travail qui nous échoit.

 

Diane Landrot & Yan Allegret