Edito


« La seule façon de le faire, c’est de le faire. »
Merce Cunningham

 

L’avantage de l’incertitude, c’est qu’elle nous ramène à notre vulnérabilité. La vulnérabilité de notre condition, de notre société, des mondes que nous construisons. 
L’incertitude peut nous permettre de voir ce que nous avions perdu de vue. Elle peut fissurer des armures, des certitudes qui nous étouffaient en silence. Maintenir en nous une attention, une vigilance quant à ce qui importe vraiment. 
Le programme que vous tenez entre vos mains est une traduction de ce qui nous importe vraiment, en ce début d’année 2021. Il sera peut-être sujet à changement, en fonction de ce que le réel nous réserve. 

 

Au cours du second confinement, le Nouveau Gare au Théâtre, comme bon nombre de lieux, a poursuivi son accueil d’artistes, d’équipes, de projets. Bien que les représentations aient été interdites, le lieu a assumé plus que jamais son statut de
« Fabrique d’arts ». Nous pouvons vous le dire : quelque chose est au travail ici, tous les jours. Quelque chose se poursuit, s’entête, continue de creuser des galeries invisibles, et ces galeries mènent jusqu’à vous. 
Durant cette période pourtant, quelque chose nous a manqué. Oui. Nous le sentons et en souffrons comme tout un chacun. Quelque chose manque. Mais patience.
Patience. Le vide n’est qu’apparent. Le vide contient à la fois les traces de ce qui a eu lieu, et les prémisses de ce qui est à venir. 

 

Depuis janvier 2020, une nouvelle page de l’histoire du lieu a commencé à s’écrire. Deux espaces ont été nommés, traçant une direction et un pont entre les jeunes générations d’artistes et certaines figures majeures de la scène contemporaine. Ainsi la salle Yoshi Oïda en janvier 2020. Ainsi l’espace Claudine Galea en septembre de la même année. 

 

En Janvier 2021, nous inaugurerons la troisième salle de représentation et de répétition. C’est l’actrice Valérie Dréville qui sera notre marraine. Nous sommes immensément fiers et touchés de la confiance qu’elle nous témoigne, à l’instar du parrain et de la marraine des deux premiers espaces. 
Avec Valérie Dréville, c’est bien l’interprète que nous voulons mettre au centre, mais aussi une certaine idée de l’art, de la transmission. Une curiosité et une exigence qui sonnent pour nous comme des diapasons.
Nous inaugurerons la salle qui portera son nom avec vous, avec elle, le 8 janvier prochain, au cours d’une soirée « Carte Blanche », et qui signera nos retrouvailles avec le public. 
Puis le calendrier des créations, des représentations, des répétitions et des résidences se poursuivra.
Les autrices et auteurs viendront à nouveau écrire dans l’espace Claudine Galea. Sur les plateaux Yoshi Oïda et Valérie Dréville, se succèderont les propositions, créant un jeu de résonances qui durera de l’hiver au printemps. De la danse, du théâtre, de la poésie, de la performance, des temps forts, un semestre riche par toute sa diversité et sa rage de dire. 

 

En janvier, la jeune cie Les Yeux de l’Inconnu présentera sa nouvelle pièce chorégraphique NeXus, questionnant notre rapport aux écrans, puis ce sera au tour du festival « Ourdir » de faire vibrer nos imaginaires autour de la poésie performance, en partenariat avec nos amis du Générateur à Gentilly. 
Le jeune public ne sera pas en reste avec la création du spectacle S’émerveiller de la cie Matikalo au mois de février, et la reprise du spectacle de Yan Allegret sur la mythologie japonaise Le Kojiki - demande à ceux qui dorment au mois de mars.

 

Le mois de mars sera intense et plein de surprises, avec notamment la création de Projet V par la toute jeune compagnie Diptyque collectif qui interrogera notre rapport à la vieillesse, mais aussi la diffusion de On achève bien les Oiseaux par la cie franco-suisse déjantée Boule à facettes ou encore la reprise pour quelques dates exceptionnelles de la création coup de poing de notre artiste annuelle Mélanie Martinez-Llense : Berck Plage. La cie Le Dahu présentera quant à elle La Fierté en milieu scolaire.

 

En avril, nos amis Tchèques seront de passage à Vitry et à Arcueil dans le cadre du Festival « Fais un saut à Prague », en partenariat avec Anis Gras-Le Lieu de l’autre. L’organique et le sensuel seront au rendez-vous dans Rivière Sale par nos artistes en résidence de création La cie Dans le ventre. Enfin, l’auteur Samuel Gallet donnera à entendre son texte Conjuration, accompagné par de la musique live.
Puis, en mai et juin se succèderont les festivals : tout d’abord, nous avons décidé de re-programmer la première édition de notre temps fort dédié à l’écriture contemporaine, pensé et élaboré en partenariat avec le collectif A mots découverts, dont la première édition devait voir le jour en décembre, et dont le nom résonne tout particulièrement aujourd’hui : « Nous Allons Bien / Les Hauts Parleurs ». Puis, ce sera au tour du festival « Histoires à emporter » et ses compagnies vitriotes, en partenariat avec la Mairie de Vitry et enfin l’ensemble des restitutions de nos ateliers amateurs comme celles de nos partenaires scolaires et sociaux du territoire. 

 

On n’oublie pas bien sur nos rendez-vous réguliers tous les premiers lundis de chaque mois avec les propositions musicales « Barock ! » du Baroque nomade et tous les premiers jeudis de chaque mois avec nos mystérieuses « Soirée secrète » et « I want your text », avec de jeunes auteurs et autrices puissants comme Pauline Delabroy-Allard ou Bryan Polach. D’autres projets, peut-être, feront leur apparition, dans ces temps mouvementés. 


Patience. 
On entend parler des mondes de demain. Les mondes de demain ne nous intéressent pas. Nous ne croisons pas les doigts. Non, surtout, nous ne croisons jamais les doigts. Nous faisons nôtre cette phrase du chorégraphe Merce Cunnigham : « La seule façon de le faire, c’est de le faire. » 
Et nous faisons. 
Comme beaucoup, nos convictions, notre joie et notre endurance ont été mises à l’épreuve. Nous nous sommes interrogés et nous interrogeons encore sur notre fonction, sur l’utilité d’un théâtre aujourd’hui, dans ce monde. L’incertitude est venue. Elle nous a permis de chercher ailleurs. Nous avons trouvé ici et là des éclaircies, des indices qui, sans dire exactement, disent quelque chose d’une direction. 

 

Ainsi ces mots de l’écrivain Haruki Murakami : 
« Mais alors, qu’est-ce que je dois faire? 
Danser, répondit l’homme mouton. Continuer à danser tant que tu entendras la musique. Tu comprends ce que je te dis? Danse! Continue à danser.
Ne te demande pas pourquoi. Il ne faut pas penser à la signification des choses. Il n’y en a aucune au départ. 
Si on commence à y réfléchir, les jambes s’arrêtent. Et si tes jambes s’arrêtent de danser, moi je ne pourrai plus rien faire pour toi. Tous tes liens disparaîtront. (...)
Même si tout te paraît stupide, insensé, ne t’en soucie pas. Tu dois continuer à danser en marquant les pas. Et dénouer peu à peu toutes ces choses durcies en toi, un tout petit peu au début. 
Utilise tout ce que tu peux. Fais de ton mieux. Il n’y a rien dont tu doives avoir peur. Tu es fatigué, c’est sûr. Tu es fatigué et tu as peur. Ça arrive à tout le monde. Tu as l’impression que tout va de travers, que le monde entier se trompe. Et tu t’arrêtes de danser... 
Mais il n’y a rien d’autre à faire que danser, poursuivit l’homme mouton. Et danser du mieux qu’on peut. Si tu fais ça, alors peut-être pourrai-je t’aider moi aussi. Voilà pourquoi il te faut danser.
DANSE. DANSE TANT QUE LA MUSIQUE DURERA ». 


Nous vous donnons rendez-vous en 2021 au bord des plateaux.

 

Diane Landrot & Yan Allegret